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Depuis que l’hypnose existe, le public aussi bien que les praticiens de l’hypnose se demandent quelle réalité se cache derrière les phénomènes hypnotiques. Que ce soit en spectacle ou en thérapie, l’hypnose permet d’obtenir des résultats. Le comportement de la personne qui est hypnotisée peut changer. En spectacle l’hypnotiseur obtient des effets très visibles, arrivant rapidement mais ne modifiant pas le comportement du sujet en dehors de ce moment. Le thérapeute lui va aider son client à atteindre son objectif en travaillant en profondeur et sur le long terme. Cela est moins spectaculaire, mais peut être visible comme l’arrêt du tabagisme ou la résorption d’une phobie.

Même si ces effets sont constatables, il est toutefois légitime que vous vous demandiez s’il se passe réellement quelque chose dans le cerveau de la personne hypnotisée ou bien s’il s’agit simplement de faire plaisir à l’hypnotiseur, de faire semblant. Cette énigme a longtemps été insoluble, mais grâce aux recherches et surtout aux outils récents, nous allons lever le voile ensemble sur ce qu’il en est vraiment.

Hypnose

Un état modifié de conscience

La définition même de l’hypnose donnée par James Braid dans son livre « Neurypnologie » est énoncée ainsi : « une condition particulière du système nerveux, induite par fixation et distraction de la vision et du mental ». Mais de quelle condition particulière du système nerveux veut-il parler ? Peut-être avez-vous déjà entendu parler du terme d’état modifié de conscience. Peut-être à propos de l’hypnose, peut être à propos de la méditation aussi par exemple. Or, qu’appelle-t-on un état modifié de conscience ? Il s’agirait d’attribuer à chaque « état de conscience » une signature physiologique particulière.

Ainsi si l’on définit l’état habituel ou ordinaire de conscience comme étant l’état de veille, celui dans lequel vous êtes probablement actuellement, le sommeil se caractérise par l’absence d’ondes alpha dans l’activité électrique du cerveau. Ce qui est notable avec l’utilisation d’un électroencéphalogramme. De même lorsque vous rêvez, vos yeux sont très agités. Il s’agit du mouvement oculaire rapide, ou REM (Rapide Eye Movement) en anglais. Ceci se détecte aussi à l’aide d’un d’un électroencéphalogramme et peut aussi être observé directement. Alors quels sont les signaux détectables de l’hypnose… s’il y en a ?

Note : transe ou état modifié de conscience ? Le terme transe est souvent associé à l’hypnose. Vous entendez parfois parler d’état de transe à propos de quelqu’un qui est hypnotisé. Ce terme est aussi utilisé dans des disciplines ésotériques telles que la médiumnité. Il est vrai que l’hypnose a été quelquefois rangée dans la même catégorie que ces pratiques magiques, rituelles. Ce terme est plus mystérieux et donc plus impressionnant. Comme vous le savez et comme c’est l’un des thèmes de ce blog les mots sont importants. Tout dépend donc de la connotation que l’on veut donner à la pratique de l’hypnose. A mon avis, il n’y a pas de honte à parler de transe hypnotique, le terme étant répandu dans l’usage et quand même assez spécifique pour ne pas être confondu avec son emploi dans d’autres contextes. Il n’y a pas de problème à parler d’état modifié de conscience non plus, le terme étant celui employé dans la littérature scientifique mais il peut parfois sembler plus pompeux ou abscons. Pour ma part, je me permets d’utiliser indifféremment ces deux termes.

Ce qu’en dit la science

La preuve par l’estomac

Avant de de nous pencher sur ce qui se passe exactement dans notre tête, nous pouvons commencer par des preuves indirectes : il se produit grâce à l’hypnose des phénomènes sur lesquels le sujet ne peut avoir aucune prise consciente. En effet, lorsque vous voyez un hypnotiseur sur scène faire confondre à un sujet hypnotisé son téléphone et sa chaussure, il est toujours permis de douter que cette personne le fait volontairement. Soit par complicité objective, c’est un comparse rémunéré, soit par complicité tacite, la personne veut faire plaisir à l’hypnotiseur ou ne veut pas perdre la face devant le public à ne pas réussir à faire ce qui lui est demandé… Bien, mais ce sujet pourrait-il aussi bien contrôler ses sécrétions gastriques juste parce qu’on le lui demande ?

Dans une étude menée en 1989, une équipe de l’université de Caroline du Nord a mesuré la production de secrétions acides par l’estomac de sujets répondant très favorablement à la suggestion hypnotique. Lors de la première phase, il leur a été suggéré sous hypnose d’imaginer qu’ils savouraient de délicieux plats. La production d’acide gastrique a alors augmenté de 89 % en moyenne. Dans un deuxième temps, d’autres sujets toujours sous hypnose ont été relaxés et leurs pensées furent détournées de tout ce qui était lié à la faim. Dans ce cas l’observation réalisée montre une baisse de 39 % des secrétions d’acide.

L’étude conclut que l’hypnose est efficace pour étudier des phénomènes qui sont contrôlés par le système nerveux central. C’est à dire que la suggestion permet de produire à la demande des phénomènes observables physiologiquement à partir du moment où ils peuvent être produits dans des conditions normales par le cerveau. Néanmoins, il n’y a aucune explication sur les mécanismes qui font le lien entre ce qui est dit par l’hypnotiseur et ce qui est produit par l’hypnotisé.

« Ce que nous accomplissons à l’intérieur modifie la réalité extérieure. » Otto Rank

La vie en couleurs

Allons un peu plus loin maintenant. Différents types de phénomènes hypnotiques sont étudiés. En effet, les phénomènes que l’on obtient en hypnose sont variés. Mais correspondent-ils tous à un même processus neurologique ? Afin de le déterminer, une étude s’est focalisée sur les illusions de perception qu’il est possible de provoquer. Il s’agit là en particulier de la vision des couleurs. Des sujets sous hypnose observent un schéma qui est soit en couleur, soit en niveaux de gris.

Les chercheurs demandent aux sujets de voir de la couleur, quand il y en a et quand il n’y en a pas, ou de ne pas en voir, c’est-à-dire de voir en noir et blanc ou en gris, de la même façon avec le schéma gris ou le schéma coloré. Les aires cérébrales de perception des couleurs apparaissent actives quand il est suggéré au sujet de voir des couleurs alors qu’il n’y en a pas. De plus, ces mêmes aires sont beaucoup moins actives quand le schéma coloré est présenté au sujet alors qu’il lui a été demandé de ne pas en voir.

Ainsi, les changements subjectifs de la perception des couleurs suite aux suggestions hypnotiques sont bien retranscrites par des phénomènes cérébraux. L’expérience que dit vivre le sujet n’est pas de la simple complaisance.

Où l’on découvre la différence entre paralysie et inhibition

Un autre phénomène étudié est la paralysie. Sous hypnose, il est possible de faire de sorte que le sujet ne puisse plus, temporairement, bouger un membre. Le protocole utilisé par les chercheurs de l’Université de Neuroscience de Genève est le suivant : les participants doivent fixer du regard une croix sur un écran. Après une demi-seconde, l’image d’une main gauche ou d’une main droite apparaît en gris. Après un intervalle de temps variant entre 1 et 5 secondes, cette image devient verte ou rouge. Lorsqu’elle est verte, il faut presser un bouton avec la main indiquée. Si elle est rouge, il ne faut rien faire. Dans les conditions normales, les sujets appuient correctement sur le bouton dans 97 % des cas.

Ensuite, sous hypnose, la main gauche est « paralysée », le sujet ne peut plus la bouger volontairement. Le test est de nouveau effectué. Dans les deux cas le cerveau du participant est observé sous imagerie par résonance magnétique fonctionnelle. Le but est de savoir précisément quel mécanisme du mouvement est inhibé : s’agit-il de l’intention de bouger ou la motricité elle-même ? De plus, le mécanisme d’inhibition est-il de même nature que celui qui est volontaire lorsque la main apparaît en rouge et que le mouvement préparé doit être annulé ?

« La véritable réalité est toujours irréaliste. » Franz Kafka

Bien sûr, lorsque le sujet n’est pas hypnotisé ou lorsqu’il l’est mais qu’il doit bouger la main droite, il y a une activité dans le cortex moteur de l’hémisphère cérébral du côté opposé. Ce qui est tout à fait normal. Avec la paralysie hypnotique il n’y a pas d’activité dans cette partie du cerveau. Ce qui est après tout attendu puisque la main ne bouge pas. Néanmoins, lorsque le mouvement est volontairement empêché, il y a une excitation de l’aire inhibitrice de l’intention de mouvement.

Or ce n’est pas ce qui se passe sous hypnose ! De ce cas, la zone qui montre un regain d’activité est celle qui gouverne l’imagerie mentale et en particulier la représentation de soi-même : le précuneus. Ainsi sous hypnose une même action, ici l’inhibition d’un mouvement, est l’objet d’un processus cérébral différent de l’état normal. Le lien entre cortex prémoteur et cortex moteur est configuré différemment. C’est la représentation de soi qui guide ce qui est produit au lieu de la planification du mouvement, autrement dit, de l’intention de faire un mouvement.

Changement de connectique

Enfin, l’étude du docteur Spiegel de 2016 effectuée elle aussi sous imagerie par résonance magnétique fonctionnelle consiste en une observation plus directe et précise. Le cerveau des participants a été observé au repos lors d’une tâche de remémoration lors de deux expériences d’hypnose guidées par un enregistrement.
L’intérêt de cette étude c’est que les sujets étaient soit très sensibles à l’hypnose, soit réfractaires. Ce qui a permis de comparer le fonctionnement de leur encéphale et ainsi de mettre en évidence ce qui est propre à l’hypnose.

« Ce que vous imaginez deviendra donc vrai. Parce que vous êtes dans cet état spécial. » Olivier Lockert

On note principalement trois choses :

  1. Une baisse d’activité dans la zone qui est stimulée lorsque nous sommes inquiets (le cortex cingulaire antérieur dorsal). Ainsi, sous hypnose vous êtes moins inquiets et plus relaxé.
  2. Une augmentation de la connectivité entre certaines parties du cerveau : celle impliquée dans la planification et l’organisation, le cortex préfrontal dorsolatéral et l’insula qui participe à la régulation des fonctions corporelles. Nous pouvons trouver là l’explication d’un meilleur lien entre l’esprit et le corps.
  3. Une baisse de connectivité entre d’autres parties du cerveau. Entre le cortex cingulaire antérieur dorsal dont il est question au premier point et les zones de la réflexion sur soi. Nous nous jugeons moins sous hypnose et nous sommes moins inhibés. Ce qui explique pourquoi des sujets d’hypnose de spectacle ne sont pas honteux d’imiter une poule sur la scène.

En conclusion… pour l’instant !

Toutes ces expériences montrent l’efficacité de l’hypnose et sa réalité en tant que phénomène particulier et unique. Évidemment, l’hypnose n’a pas encore livrée tous ses mystères mais des questions qui ont taraudé des générations d’hypnotiseurs, entre autres, commencent à trouver des réponses grâce à la science. Pour ma part je trouve cela plutôt rassurant et renforce encore plus la confiance que je peux avoir dans cet outil. Peut-être qu’un jour nous comprendrons exactement comment s’opèrent les changements que permettent la PNL et l’hypnose.

Références

Klein, K., Spiegel, D. (1989). Modulation of gastric acid secretion by hypnosis. Gastroenterology, ISSN: 0016-5085, Vol: 96, Issue: 6, Page: 1383-1387. DOI:
https://www.gastrojournal.org/article/0016-5085(89)90502-7/pdf

Kosslyn SM, Thompson WL, Costantini-Ferrando MF, Alpert NM, Spiegel D. (2000). Hypnotic visual illusion alters color processing in the brain. American Journal of Psychiatry. 2000 Aug;157(8):1279-84. DOI:
https://ajp.psychiatryonline.org/doi/abs/10.1176/appi.ajp.157.8.1279

Cojan, Y. et al (2009). The Brain under Self-Control: Modulation of Inhibitory and Monitoring Cortical Networks during Hypnotic Paralysis. Neuron 62: 862-875. DOI:
10.1016/j.neuron.2009.05.021.

Heidi Jiang Matthew P. White Michael D. Greicius Lynn C. Waelde David Spiegel. Cerebral Cortex, Volume 27, Issue 8, 1 August 2017, Pages 4083–4093, DOI :
https://doi.org/10.1093/cercor/bhw220

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