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La communication. Transmettre de l’information, influencer les autres. Cela éveille à la fois votre curiosité, votre besoin de comprendre et votre envie de maîtriser cet art subtil. Si l’on vous propose de vous en livrer les secrets, comment refuser ? Comment ne pas vouloir y croire ?

Non-verbal

Cet individu a-t-il besoin de parler ?

Le pouvoir du non-verbal

Considérons les composants de la communication. Il y a évidemment les mots que nous produisons, ceci se nomme le verbal. Ensuite, il y a aussi la façon dont les sons sont produits, c’est à dire le timbre de la voix, son rythme, ses variations, etc. Il s’agit du para-verbal. Enfin, il y aussi le non-verbal : les gestes, la position du corps, la respiration. Bien que tous ces éléments aient de l’importance pour une communication expressive, il est possible d’imaginer que certains soient plus importants que d’autres.

« On peut oublier un visage mais on ne peut tout à fait effacer de sa mémoire la chaleur d’une émotion, la douceur d’un geste, le son d’une voix tendre. » Tahar Ben Jelloun

Savoir ce qui est le plus important permettrait à la fois

  • De mieux exprimer ce que l’on veut que les autres comprennent.
  • De percer à jour la véritable signification de ce que d’autres nous communiquent.

Bon exemple, mauvais contexte

Selon plusieurs études souvent citées, la clef de la communication réside avant tout dans le non-verbal. La plus citée de ces études est celle d’Albert Mehrabian. S’y trouveraient les proportions suivantes pour l’importance de la compréhension d’un message donné en face à face.

  • 55 % pour le non-verbal
  • 38 % pour le para-verbal
  • 7 % pour le verbal

Ce qui est plutôt étonnant !

Le problème avec ces chiffres, c’est qu’ils sont donnés hors contexte. L’étude porte sur la communication des sentiments et des attitudes. Comme l’indique Albert Mehrabian lui-même à propos de ces chiffres :

« Remarquez s’il vous plaît que ceci ou toute autre équation à propos de l’importance relative des messages verbaux et non-verbaux proviennent d’expériences qui concernent le communication des sentiments ou des attitudes (i.e. j’aime-je n’aime pas). A moins que l’interlocuteur parle de ses sentiments ou de ses attitudes, ces équation ne sont pas applicables. »

De plus, les conditions expérimentales ne reflètent pas la communication usuelle, celle de tous les jours. Les participants ne prononçaient en effet qu’un seul mot, marqué positivement, négativement ou neutre. Il n’est plus si étonnant que dans ce contexte, le mot en lui-même soi si peu important dans ce que l’on veut communiquer. J’irai même jusqu’à dire que l’interlocuteur qui veut vraiment comprendre le message est poussé à rechercher des indices indirects quant à sa signification.

Un monde sans tromperie

Imaginez que vous regardez un film dans une langue étrangère que vous ne comprenez pas. Cela ne devrait poser aucun problème de compréhension, puisque vous devriez percevoir 93 % des informations ! Bien sûr, cela est faux. Vous pouvez comprendre les attitudes des personnages : s’ils sont en colère, surpris, et même qui aime qui. Mais la trame de l’histoire, le détail de ce qui s’y passe restera flou.

« Le peuple appelle éloquence la facilité que quelques-uns ont de parler seuls et longtemps, jointe à l’emportement du geste, à l’éclat de la voix et à la force des poumons. » Jean de La Bruyère

Un autre mirage de la communication non-verbale, c’est qu’elle est en fait très difficile à décoder. Si cela était si facile, nous ne pourrions jamais mentir. Plus de poker et plus de criminels. Il y a plusieurs raison à cela.

  • Le comportement non-verbal est variable d’une personne à l’autre (idiosyncratique).
  • Un même comportement peut avoir une signification différente : un regard direct et soutenu peut signifier l’attirance, l’hostilité ou une tentative de mensonge.
  • Un signal seul n’est pas significatif, un comportement est un ensemble de signaux. Des bras croisés peuvent accompagner une attitude défensive, craintive ou ferme ou encore relaxée.
  • Les différences culturelles peuvent jouer. Les façons acceptables de saluer, de manger ou de s’asseoir sont variées.

« Chacun possède les gestes de ce qu’il a vécu et de ce qu’il a lu. » Arturo Perez-Reverte

Pensons-nous de travers ?

Nous sommes aussi trompés par nos biais cognitifs qui nous incitent à croire que nous détectons facilement la tromperie. Ainsi, une étude menée par Eitan Elaad montre que les policiers s’estiment plus aptes à détecter le mensonge que les autres, et les prisonniers s’estiment être de moins bon menteurs. Or en moyenne, dans le mensonge ou dans sa détection, les trois groupes (policiers, prisonniers et personnes n’étant ni l’un ni l’autre) obtiennent des résultats similaires. Nous détectons un mensonge environ une fois sur deux (54%),

A la source de cette confusion, il est possible de trouver

  • Le biais d’auto-complaisance : Nous attribuons nos réussites à nos qualités et nos échecs à des causes extérieures. Ainsi lorsque nous voyons juste dans ce que quelqu’un exprime vraiment, nous pensons être fort à ce petit jeu plutôt que d’envisager que nous avons simplement eu de la chance.
  • Le biais de confirmation : Une fois notre idée faite, nous ne percevons que ce qui corrobore notre opinion, et délaissons les indices qui pourraient nous faire changer d’avis.

Au commencement était le verbe

Lorsque vous lisez un livre, ou cet article, vous n’avez accès qu’aux mots. Votre lecture ne restitue pas le ton de la voix de l’auteur, et vous ne savez pas s’il se tient droit sur sa chaise alors qu’il écrit. Pourtant, vous comprenez le message.

L’information est transmise. L’écrit est capable de vous influencer en vous apportant de nouvelles idées. Vous êtes même capable de ressentir des émotions que l’auteur veux vous faire vivre. Et ces mots écrits ne correspondent pourtant qu’à ce qu’il convient de nommer le « verbal ».

« La parole apaise la colère. » Eschyle

Est-ce à dire qu’il ne faut qu’écouter les mots de quelqu’un qui nous parle, et que rien d’autre n’est utile ? Les mots en effet sont importants. C’est pour cela que j’ai utilisé le mot « mirage » dans le titre de cet article. Un mirage ne veut pas dire qu’il n’y a rien. Il dénote une distorsion de notre perception de la réalité. Tous les éléments d’une communication sont importants et nous aident à la comprendre. Ne pas les utiliser, ne pas les maîtriser, nous expose à la fois à mal nous exprimer et à être manipulé.

L’enjeu du non-verbal

Comme il a été démontré dans l’étude d’Albert Mehrabian, le non-verbal et le para-verbal sont les supports privilégiés de la transmission de l’attitude et des sentiments. Et bien qu’ils puissent être falsifiés volontairement, ces expressions sont par défaut inconscientes. Elles échappent à tout contrôle. Nous les percevons nous aussi de façon inconsciente.

« La parole reflète l’âme. » Sénèque

Le non-verbal nous donne des indices sur le message perçu. Principalement, c’est la différence entre ce qui est dit et comment cela est dit qui va nous alerter. Écoutons cette intuition pour comprendre qu’il y a peut-être une incohérence. Gardons nous de surinterpréter. Un accueil glacial peut être le signe que la personne ne nous apprécie pas, mais peut-être aussi que nous la dérangeons ou qu’elle est stressée par quelque chose qui n’a rien à voir avec nous. Un franc sourire peut être simplement de la politesse.

Le non-verbal ajoute de la nuance à la communication. Servons-nous en pour améliorer notre communication et notre écoute. Pensons aussi toujours être attentifs au sens des mots.

 

Sources

Archer D., & Akert R. M. (1977) Words and everything else: verbal and nonverbal cues in social interpretation. Journal of Personality and Social Psychology, 35, 443-449.Mehrabian A., & Wiener M. (1967) Decoding of inconsistent communications. Journal of Personality and Social Psychology, 6, 109-114.

Eitan Elaad (2009) Lie-Detection Biases among Male Police Interrogators, Prisoners, and Laypersons. Psychological Reports , Vol 105, Issue 3_suppl, pp. 1047 - 1056 https://doi.org/10.2466/PR0.105.F.1047-1056
Crédits photo : GRATISOGRAPHY
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