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Avez-vous un bon sens de l’humour ? En tout cas, êtes-vous plus drôle que la moyenne ? Dans un autre registre (quoique…) connaissez-vous la mécanique quantique ? Dans les domaines cités, il est plus ou moins facile de se faire une idée de notre compétence. Notre estimation correspond-t-elle à la réalité ? Sommes nous capables de reconnaître nos forces et nos lacunes ? Répondre à ses questions nous permettra de comprendre comment se bâtit la connaissance par l’apprentissage et ce qui nous attire à elle.

Apprendre

L’effet Dunning-Kruger

Les expérimentations de Dunning et Kruger menées en 1999 révèlent qu’il est difficile d’évaluer sa propre maîtrise d’un domaine relativement commun, comme le sens de l’humour ou le raisonnement logique. Les participants à leur étude ont eu à estimer leur propre résultat à un test concernant

  • Le sens de l’humour
  • La grammaire
  • Le raisonnement logique

Puis ces estimations sont disposées en regard du résultat effectif au test. Les résultats sont divisés en quartiles qui montrent les moins compétents, les peu compétents, les assez compétents et les très compétents. Les graphiques obtenus sont les suivants :

Dunning-Kruger
Vous pouvez constater que les personnes les moins compétentes sont celles qui surestiment le plus grandement leurs capacités. Non seulement ces personnes font les mauvais choix lors du test, mais de plus elles manquent du recul nécessaire pour s’en apercevoir. C’est ce qui entraîne cette exagération. Quand les sujets reçoivent une formation dans la discipline évaluée, cet écart se réduit.

Note : Peut-être est-ce dû au fait que certaines personnes manquent des compétences pour lire ce type d’étude, mais vous entendrez parfois parler de celle-ci en disant qu’elle montre que les personnes incompétentes s’estiment plus qualifiées que des experts. En jetant un œil aux graphiques, il vous sera évident que ce n’est pas exactement de cela qu’il s’agit. Les sujets incompétents s’évaluent simplement « meilleurs que la moyenne ».

Travaux complémentaires

Cette exagération est-elle simplement due au fait que les tâches demandées dans l’étude de Dunning et Kruger paraissent simples, à la portée de tous ? C’est ce qu’a voulu identifier une étude ultérieure. En 2006, Burson, Larrick et Klayman ont reproduit le même genre d’expérience, mais en faisant varier la difficulté apparente de la tâche à réaliser. Et en effet pour une tâche complexe, les sujets de l’étude estiment leurs performances inférieures à la moyenne, même lorsqu’ils sont parmi les plus capables.

« L’ignorance engendre la confiance plus fréquemment que la connaissance. » Charles Darwin

Études de médecine

Une autre étude, de 2014, s’est intéressée à une situation similaire, cette fois dans un environnement réel, et non plus en laboratoire. Des étudiants en première et deuxième année de médecine sont-ils de bons juges de leurs capacités face à un examen d’anatomie ? L’enjeu de cet examen est de taille pour les étudiants et il a des conséquences tangibles pour les participants, contrairement aux études précédentes. De plus, la tâche à réaliser, un examen de médecine, peut être considérée comme plutôt complexe. Voici donc le résultat obtenu :

Notes vs Compétence

Ces étudiants sont donc plutôt mauvais en auto-évaluation, et ceci est d’autant plus vrai que les notes sont extrêmes. Vous noterez malgré tout que même le quartile le plus mauvais a une moyenne supérieure à 50 % de réponses correctes à l’épreuve.

« Le problème en ce bas monde est que les imbéciles sont sûrs d’eux et fiers comme des coqs de basse cour, alors que les gens intelligents sont emplis de doute. » Bertrand Russell

Là encore, les moins compétents se sont surestimés et les plus compétents sous-estimés. De plus, ici on trouve bien que les moins compétents pensaient avoir de meilleures notes que ce qu’estimaient pouvoir obtenir les plus compétents. Par ailleurs, les plus à même d’avoir une bonne vision de leur valeurs sont ceux qui sont proches de la moyenne générale.

Ces différentes études montrent que les personnes compétentes sont circonspectes face à leur savoir d’une part, et que d’autres part ceux qui connaissent peu ou pas un sujet vont penser que leur opinion sur celui-ci est plutôt juste.

Enfin, ces aspects nous permettent de modéliser la façon dont nous intégrons le processus de connaissance, d’acquisition de compétences : l’apprentissage.

La roue de l’apprentissage

Il est possible de représenter le passage de l’incompétence à la compétence à travers un modèle cyclique.

Roue de la connaissance

La roue de l’apprentissage

  1. L’incompétence inconsciente : La personne ne connait pas la compétence, et ne reconnait pas que c’est une carence. Elle peut même nier l’utilité de cette compétence. Pour passer à l’étape suivante, l’individu doit reconnaître sa propre incompétence et l’intérêt du sujet.
  2. L’incompétence consciente : La personne ne sait pas comment faire, mais le reconnaît. De même qu’elle reconnaît l’intérêt de la compétence. La progression à ce stade se fait par essai et erreur.
  3. La compétence consciente : L’individu sait utiliser la compétence, mais cela demande de la concentration. La réalisation peut être découpée en étapes et il y a une forte implication consciente à la réalisation de la nouvelle tâche.
  4. La compétence inconsciente : La personne possède une telle pratique de la compétence qu’elle est devenue une seconde nature. La compétence peut être exercée en même temps que l’exécution d’une autre tâche ou être enseignée.

La dernière étape, de la compétence inconsciente vers l’incompétence inconsciente, est l’objet de la transmission de savoir entre individus. Nous voyons aussi, comme démontré dans les expériences précédentes que c’est lorsque la compétence ou l’incompétence est inconsciente qu’il est plus difficile de situer son véritable niveau.

En conclusion

Soyons humble sur nos savoirs, mais pas trop. 😉

« Le fou se croit sage et le sage reconnaît lui-même n’être qu’un fou. » William Shakespeare

En tout cas, sachons reconnaître lorsque nous ne maîtrisons pas un sujet. Que cela nous serve à nous ouvrir à ceux qui savent, ou à nous mettre en quête de ce savoir. Nous prendrons ainsi de meilleures décisions.

De même lorsque nous sommes compétents, sachons nous en rendre compte également. Cela nous permettra de mobiliser notre expérience et d’être pédagogue envers ceux qui sont moins avancés sur le sujet et qui seraient en défaut de le reconnaître. Cela aidera la prise de bonnes décisions par tous.

Références

Kruger, J., & Dunning, D. (1999). Unskilled and unaware of it: How difficulties in recognizing one’s own incompetence lead to inflated self-assessments. Journal of Personality and Social Psychology, 77(6), 1121-1134.
http://psycnet.apa.org/record/1999-15054-002

Burson, K., Larrick, R., & Klayman, J. (2006). Skilled or unskilled, but still unaware of it: How perceptions of difficulty drive miscalibration in relative comparisons. Journal of Personality & Social Psychology, 90, 60-77.
http://psycnet.apa.org/record/2006-01254-004

Sawdon M, Finn G. The “unskilled and unaware” effect is linear in a real-world setting. Journal of Anatomy. 2014;224(3):279-285. doi:10.1111/joa.12072.
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3931539/

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