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Je vais vous demander quelques chose de très important : surtout, ne pensez pas à une voiture rouge. Ni à une voiture, ni à la couleur rouge. Pouviez-vous seulement y parvenir ? Si nous sommes capable de comprendre la négation, elle implique portant des mécanismes spécifiques qui ne sont pas toujours à notre avantage.

Comprendre avant de ne pas agir

Voiture rouge

Pour pouvoir comprendre la phrase, vous êtes obligé de la lire entièrement et d’en comprendre tous les mots, que ce soit voiture ou rouge. C’est seulement ensuite que que vous pouvez appliquer la négation. Mais peut-être n’avez vous pas, finalement, eu conscience d’une voiture rouge. Il est possible que pour faire ce qui était demandé vous vous soyez efforcé de penser à une voiture d’une autre couleur, ou encore à tout autre chose. Néanmoins, avez-vous tout de même eu une représentation inconsciente de cette voiture rouge ? Et si oui, quelles en sont les conséquences sur notre processus de pensée ?

« Un ami non éprouvé est comme une noix non cassée. » Proverbe russe

Souriez, vous êtes stimulé

Nous traitons le langage inconsciemment, qu’il soit verbal ou écrit. Cela a des conséquences sur nos comportements. Une première expérience permet de le montrer. En effet, quand il nous est demandé une action, les muscles impliqués sont activés. Un potentiel électrique est détectable dans le muscle concerné dès 200 millisecondes après l’exposition à la demande. Dans cette expérience, ce sont les zygomatiques, muscles du visage, qui ont été observés. Les participants ont été exposés à des phrases positives impliquant une mobilisation de ces muscles, par exemple, « je souris » ou « je ris » ; à d’autres phrases n’impliquant pas ces muscles : « je pleure », « je me renfrogne ». Et à ces mêmes phrases sous forme négative : « je ne souris pas », « je ne pleure pas »…

« Ceux qui cherchent des causes métaphysiques au rire ne sont pas gais ; ceux qui savent pourquoi cette espèce de joie qui excite le ris, retire vers les oreilles le muscle zygomatique, l’un des treize muscles de la face, sont bien savants » Voltaire

Les résultats montrent effectivement un potentiel d’activation électrique croissant durant la seconde qui suit pour les affirmations qui impliquent les zygomatiques. Pour les phrases où ces muscles ne sont pas impliqués, il n’y a pas de réponse musculaire significative, qu’elles soient affirmatives ou négatives. Le phénomène est différent pour les phrases négatives dont l’action est liée aux zygomatiques. Dans ce cas, les scientifiques ont pu observer un potentiel négatif, c’est à dire une inhibition de la réponse musculaire qui a lieu de façon extrêmement rapide.

Implique les zygomatiques N’implique pas les zygomatiques
Affirmation Activation Sans effet
Négation Inhibition Sans effet

Les phrases affirmatives préparent les muscles à l’action. Il y a donc une préparation à l’action. Cette préparation implique que nous simulons cette action, même si nous en avons pas conscience. Aussi, nos centres moteurs cérébraux doivent envoyer un message inhibant cette activation lorsqu’il y a négation. Face à une négation, nous envisageons d’abord inconsciemment de produire l’affirmation équivalente. Ce n’est qu’ensuite que ce processus est contré. C’est pourquoi, pour ne pas penser à une voiture rouge, vous devez penser à une voiture rouge.

Sourire à la loupe

Retenir le vrai et le faux

Un autre processus est impacté par la négation : notre mémoire. En particulier nos souvenirs de ce qui est vrai ou faux. Dans une autre expérience, on présente aux sujets des phrases associant des mots en langue Hopi à des mots existants. Par exemple « Un twyrin est un docteur ». Bien entendu, les participants ne parlent pas le Hopi, donc ils ne pourront pas utiliser un savoir qu’ils pourraient posséder avant l’expérience. Ils étaient également informés que leur connaissance du Hopi serait ensuite testée.

Les phrases étaient présentées sur un écran, et juste après cette présentation la véracité de la phrase apparaissait par un simple message : « vrai » ou « faux ». De plus, une sonnerie retentissait par moment durant l’expérience et les participants devaient appuyer sur un bouton lorsqu’il l’entendaient. Ceci avait pour but de créer une surcharge cognitive et d’interrompre le traitement de la proposition par le sujet. A la fin, lors du test, les participants devaient répondre à des propositions contenant des phrases qui leur avaient été présentées et d’autres non. Dans un temps limité à 9 secondes, ils devaient répondre soit « vrai », « faux », « pas d’information » ou « jamais vu ».

« Le vrai se conclut souvent du faux. » Blaise Pascal

L’interruption produit un effet, mais il est asymétrique. Un peu plus de la moitié des propositions vraies sont reconnues comme telles, qu’il y ait eu interruption ou non. En revanche, si les propositions fausses sont aussi correctement identifiées dans dans 55 % des cas quand il n’y a pas d’interruption, le taux de réussite chute à 35 % avec l’interruption. Dans les cas d’erreur, propositions vraies indiquées comme fausses ou bien propositions fausses indiquées comme vraies, il existe une différence également. Les sujets de l’expérience donnent des propositions vraies comme fausses dans des proportions comparables que la sonnerie ait retenti ou non au moment de la mémorisation. Par contre, quand cette interruption est survenue, des phrases fausses sont considérée vraies deux fois plus souvent que lorsqu’elle n’a pas eu lieu. Dans ce cas il arrive donc plus souvent que des affirmations fausses soient tenues pour vraies.

Graphique des bonnes et mauvaises réponses

Bilan cognitif de la négation

De ces expériences, il apparaît donc que nous nous représentons d’abord une proposition sous sa forme affirmative. Lorsqu’il s’agit d’une négation, un effort cognitif est nécessaire pour actualiser la proposition. Quand ce processus est perturbé, parce que nous faisons autre chose en même temps ou que notre attention n’est pas focalisée par exemple, nous risquons même plus fréquemment de ne retenir que la forme affirmative.

Direction

Nous pouvons éviter cet écueil en formulant ce que nous souhaitons sous forme affirmative, et en s’abstenant des négations.

« Je ne dois pas oublier de passer à la poste. »
devient
« Je dois penser à passer à la poste. »

« Ne mets pas tes doigts dans ton nez ! »
devient
« Retire tes doigts de ton nez ! »

Là où ce type de formulation est particulièrement utile, c’est lorsque nous formulons nos objectifs. Nous l’avons vu, si nous parlons de ce que nous ne voulons pas ou plus, ou de ce que nous voulons éviter, notre cerveau va d’abord devoir penser à cela !

« Je ne veux plus fumer »
devient
« Je veux arrêter la cigarette »
ou encore
« Je veux devenir non-fumeur »
« Je veux respirer sainement »

« Je ne procrastinerai plus »
devient
« Je fais ce que j’ai à faire tout de suite »

En résumé : Formulons nos souhaits ou nos actions de façon affirmative pour les retenir et les accomplir.
Crédits photo : GRATISOGRAPHY
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